Publication revue  "VOL MOTEUR" (1997)
Texte  et  photos: Jean Pierre Ebrard

                                        Le  Coyote des neiges
 
 

Pilote professionnel d'avions (aviation d affaires), je suis venu un peu par hasard à l'ULM en lisant Vol Moteur qui m'a fait découvrir un monde aéronautique nouveau, plein d'originalités, même si certains disent que c'est une redécouverte de l'aviation.
Pilote "instructeur glacier" dans mes loisirs. j'ai cherché un avion pour voler en montagne sans trouver d'occasion qui me convienne dans la gamme des "jodel".

J'ai fini par essayer le Coyote II, mis gracieusement à ma disposition par Air Création à Aubenas.  Le but du vol, entre autres, est de tester sa capacité à monter haut.
Premier essai avec le pilote démonstrateur, pas très concluant.  Retour au terrain et réglage de l'hélice à un plus petit pas.  Au 2eme vol, nous atteignons 14 000 Ft et ça grimpe encore mais nous sommes trop légèrement vêtus pour continuer.  De toute façon, pour moi l'essai est concluant.
Les qualités de vol du Coyote me plaisent bien.  Très homogène aux commandes, c'est une machine qui se pilote.  Rien à voir avec les avions actuels ou le palonnier ne sert pratiquement qu'au roulage.
Quelques jours plus tard, je fais la connaissance de Philippe Zen, représentant pour ma région des avions Rans et je lui passe commande d'un Coyote train classique.  Mario, le mécanicien de son équipe me fait un montage soigné.
Pour les skis, qui doivent être rétractables pour décoller de la plaine, j'ai fait confiance à la métallerie Chapelet.  Bien qu'habitant Héric près de Nantes, monsieur Chapelet a une certaine expérience de la montagne.  Il a réalisé quelques kits pour pendulaires. Je lui envoie les deux jambes de train avec les roues pour faciliter la réalisation.

Glacier de St Sorlin  -  Mont blanc au fond
                                                                                Premiers vols: janvier 96.
Pendant des semaines, je me suis inquiété de savoir si j'allais avoir une machine à la hauteur de mes espérances et si les skis seraient bien adaptés. J'avais peur aussi d'être très limité par les conditions aérologiques quelquefois difficiles en montagne.
Après des essais prudents sur l'altiport de l' Alpe d'Huez , progressivement je suis allé me poser un peu partout:  altisurfaces  et  glaciers  sans aucun problème.
Pour ce qui est de la technique d'atterrissage en montagne, c'est simple: atterrissage dans le sens de la montée et décollage dans la descente.  La pente réduit considérablement les distances.  Ainsi pour 10 % de pente, la distance nécessaire est réduite de plus de la moitié et pour 20 %, le tiers de la distance normale suffit, or en montagne des pentes de 15 à 20 % sont courantes.  Pour s'arrêter, il faut que la zone d'atterrissage se termine en pente douce, ou bien il faut se placer perpendiculairement à la pente, l'avion glisse latéralement et les skis bloquent dans la neige.
En comparant mes traces sur la neige avec celles des avions, je constate que la moitié suffit. Les skis sont bien dimensionnés en largeur: 0.48m pour 1.20m de long. J'enfonce très peu dans la neige et reste très manouvrant.
Certains pilotes d'avion sceptiques peuvent revoir leur jugement sur la machine. Même Henri GIRAUD , le célèbre pilote des montagnes, le seul qui se soit posé au sommet du  Mont Blanc  (4807m le 23 juin 1960) a été épaté en voyant évoluer le Coyate. (petite anecdote: à l'heure ou Henri Giraud accomplissait cet exploit, naissait Philippe ZEN, notre sympathique Champion du Monde).
                                                                     
 

J'ai volé récemment à plus de 4500m, deux à bord , en survolant le Dôme du Goûter (4304m). Je m'y suis déjà posé en avion mais ce jour là, la surface de la neige était trop accidentée pour envisager l'atterrissage.
A cette altitude il convient d'être extrêmement prudent.  C'est le domaine de la haute montagne.  Puissance et portance sont réduites et l'hélice se visse dans un air raréfié dont la densité est presque la moitié de celle du niveau de la mer.  Sans parler des problèmes de manque d'oxygène pour le pilote.
Une bonne précaution pour partir en montagne, c'est d'être équipé en envisageant d'être bloqué en altitude et même de revenir à pied.  J'ai à bord deux paires de raquettes, des bâtons télescopiques, une corde, une pelle à neige, une trousse de survie avec un peu de nourriture, des couvertures isolantes ultra- légères et des bougies longue durée.  Si l'on peut faire un igloo, la flamme d'une bougie maintient à l'intérieur une température positive même par grand froid.
je compte en faire l'expérimentation en passant une nuit sur un glacier sous igloo avec un de mes élèves montagnard, histoire de démontrer que l'aviation de montagne n'est pas une fin en soi mais est aussi prétexte à pique-niques et randonnées. Je ne conçois pas l'école par petites tranches horaires. Je considère qu'il faut partir la journée entière pour bien s'imprégner de la montagne et pour que l'élève reçoive un maximum d'enseignement.

     

    Glacier de  Leschaux, 
    aux pieds des Grandes Jorasses
    Dernier point très positif, c'est l'aspect écologique d'un niveau sonore bien plus bas que les avions conventionnels.
    En tant que randonneur, je comprends l'agression insupportable que représente un avion dans une vallée qui renvoie tous les bruits.
    Pour l'instant, je vole avec une tripale pour gagner quelques décibels. Il est possible d'en gagner encore en installant un pot d'échappement plus silencieux. Philippe Zen l'a bien démontré à la Coupe du Silence, son Coyote est la machine la plus silencieuse du moment.

    Pour conclure, je tiens à dire que le vol en montagne ne s'improvise pas. Les dizaines d'avions cassés en sont le témoignage. Heureusement, on "casse du bois" mais généralement sans faire de blessés. Les techniques du vol et l'aérologie doivent être connues et quelques heures de vol en double sont nécessaires pour découvrir la plupart des pièges possibles.
    Dernier point: pour ceux qui ont regardé "PEGASE" et le reportage sur les avions de montagne, je peux vous dire que contrairement à ce que B.CHABBERT laisse entendre, cette forme d'aviation ne s'adresse pas qu'à une petite élite qui se fréquente à Mégève. L'AFPM - Association Française des Pilotes de Montagne - compte plus de 250 membres dans les Alpes et les Pyrénées et je souhaite que de nombreux ulmistes nous rejoignent .

    Coyote  l'atterrissage - Glacier de St Sorlin